Presse

Première réussie d’un Festival de Musique française au Château Thuerry à Villecroze-près de Tourtour dans le Var !

Sous l’égide de Michel Plasson, inlassable défenseur de la musique française à travers le monde, la naissance de ce festival de musique française dans le bel écrin du Château Thuerry à Villecroze a offert aux mélomanes quatre soirées musicales riches et intenses en émotions le tout dans l’un des plus beaux chais du monde à l’acoustique remarquable et disons-le c’est une fort belle surprise !
Le domaine de Jean-Louis Croquet y est époustouflant de beauté sauvage. Les dégustations de vins de très grande qualité avant et après le concert y sont fort agréables et créent un climat d’une grande convivialité où musiciens et auditeurs discutent avec plaisir. Si vous passez par là, faites une halte pour découvrir ce superbe domaine, vous y dégusterez un très bon rouge et un pétillant délicieux à savourer très frais. On est loin ici des mondanités coutumières de festivals institutionnalisés et très médiatiques de notre région.
Trouver le château à deux pas de Salernes se mérite une meilleure signalisation apparaît nécessaire. Le Festival est né d’une rencontre de Jean-Louis Croquet, Franck Villard et Sandrine Sutter. Les belles histoires naissent souvent ainsi...

Si la première était consacrée à l’opéra français au XIXe siècle, la seconde donnait à écouter les superbes mélodies de Francis Poulenc par une pléiade de chanteurs talentueux tels le baryton Richard Rittelmann, la soprano Aude Sardier, le ténor Sébastien Droy ou la récitante Céline Cheene avec le chef d’orchestre Franck Villard l’un des plus brillants de sa génération ayant revêtu le frac du pianiste pour l’occasion.

L’audacieuse troisième soirée a permis au public venu en nombre de découvrir l’un des chefs d’œuvre du compositeur suisse encore méconnu Franck Martin (1890-1970) : Der Cornet sur un poème de Rainer Maria Rilke écrit en une nuit à l’âge de 21 ans. Cette chanson épique d’amour et de mort épouse les traces de la célèbre ballade de Bürger « Lénore », un des pères de la littérature germanique du célèbre Sturm und Drang mis en musique dans sa cinquième symphonie par un autre compositeur helvétique Joseph Joachim Raff (1822-1882) ou le compositeur français Henri Duparc laissant un très beau poème symphonique. Comme chez Bürger, Rilke relate la vie brève d’un jeune soldat, porte-étendard, épris d’une comtesse, qui périra prématurément sous les sabres ennemis. Sa bien-aimée disparaîtra aussi dans l’incendie de son château. L’histoire met en exergue l’exaltation des sentiments, l’Amour, la Solitude, la Mort. Ce texte ardent nous invite à nous questionner sur notre faculté à vivre notre présent. Der Cornet est un cycle de lieder pour voix d’alto et orchestre composé en 1942 par Franck Martin, compositeur fécond qui laisse deux très beaux concertos pour piano et orchestre, un agréable concerto pour violon, un bel oratorio Golgotha, un merveilleux opéra sur la tempête de Shakespeare, l’irrésistible Polyptyque... C’est la version voix et piano qui est présentée ici avec la mezzo-soprano Sandrine Sutter, le comédien Philippe Girard et le pianiste, actuel chef de chant du Grand Théâtre de Genève Xavier Dami. Franck Martin par sa musique transcende cette atmosphère sombre et quasi fantastique dans un post-romantisme revigorant. L’utilisation d’un chromatisme d’une grande sobriété peut évoquer l’univers des sublimes Gurre Lieder de Schoenberg. Dès 1933, Franck Martin fricotait avec les fervents adeptes du dodécaphonisme sans en oublier pourtant la tonalité. Sandrine Sutter, artiste trop rare sur les scènes lyriques, inoubliable Donna Elvira dans le Don Giovanni mis en scène par Richard Martin au Toursky, jette tout son cœur comme à son habitude dans l’interprétation de ce cycle. Cela en fait l’interprète idéale. À quand un enregistrement dans une grande maison de disques de ce chef d’œuvre par cette interprète, musicienne hors paire et habitée par les œuvres qu’elle l’interprète ? D’ailleurs à l’écoute de Der Cornet, on rêverait l’entendre dans la musique théâtrale d’Arthur Honneger où les chanteurs doivent souvent aussi déclamer. On attend toujours la version de référence de ce Der Cornet. Sa voix de mezzo superbe aussi bien dans les registres graves qu’aigues au timbre grave et élégant porte l’expressivité requise dans toutes les demi-teintes du texte. À ses côtés, le comédien Philippe Girard, fidèle compagnon de route d’Olivier Py, prête sa voix veloutée et singulière pour narrer la courte vie du jeune cornette. Il plante le décor avec des paysages hypnotiques et inquiétants bien rendues par les superbes vidéos extatiques de Chimère et Compagnie très proches de l’univers du sublime prologue de Melancholia de Lars Von Trier. Une mise en espace sommaire aurait probablement permis au spectacle de gagner en force dramatique.

Les lumières et projections de Chimère et Compagnie apportent le contrepoint nécessaire à la tragique histoire du Cornette. Le public se retrouve sous une voûte d’images. L’élève d’Antoine Vitez a réalisé un véritable travail d’adaptation française et de découpage du texte de Rilke, en intercalant le récit entre les numéros de la partition de Frank Martin, lui apporte ainsi un surcroît de lisibilité face au texte chanté en allemand. Les textes dits et non lus auraient apporté un supplément d’âme certainement. Quant au pianiste, il a l’art de rendre facile l’écriture tourmentée et sombre du compositeur sur l’extraordinaire piano d’Alain Vagh tout en céramique tout droit sorti de l’univers de Gaudi... L’instrument sonne d’ailleurs plutôt bien sous les doigts agiles et experts de Xavier Dami qui connaît bien son Martin ! Un spectacle que l’on pourrait bien retrouver dans l’avenir à Marseille.

Voilà un Festival à découvrir pour les années à venir qui devrait satisfaire le plus difficile des mélomanes aux néophytes...
Rendez-vous est déjà pris pour 2014 !

Par Serge Alexandre

Festival Musique Française en Provence, jour 1
A l’heure où les cigales cèdent le pas aux tintements des sistres, nous sommes accueillis dans le domaine de Château Thuerry, à Villecroze, en Haute-Provence. Il faut sinuer un moment dans un bois de chênes verts pour découvrir les coteaux plantés de vignes, et le chai, calme bloc à l’imposante majesté. Le maître des lieux, Jean-Louis Croquet, ancien président de l’institut de sondage TNS Sofres, reconverti en vigneron après avoir racheté la propriété en 1997, offre une dégustation de ses meilleurs crus. Professionnalisme oblige, nous avons succombé aux charmes d’un rosé pétillant. Les papilles titillées, l’heure est au ravissement des yeux avant l’enchantement de l’ouïe. L’entrée du chai se fait par un portail digne des pharaons, dévoilant un décor futuriste digne de Kubrick. Les cuves rutilantes où naît le précieux liquide sont baignées d’une étrange lumière, et des portes d’ivoire et de corne s’ouvrent sur un bizarre animal jaune et vert recouvert d’écailles en mosaïque : c’est le piano à queue, décoré par le « céramiste fou » Alain Vagh.

Place à la musique. La soirée est consacrée aux œuvres choisies des maîtres de l’opéra français que sont Gounod, Bizet, Saint-Saëns, Offenbach, ou encore Lalo et Delibes. Marguerite n’a pas oublié son miroir, les Pêcheurs de perle sont à l’honneur, et Carmen danse sa séguedille. Il faut d’emblée souligner l’impressionnante exigence musicale et vocale des solistes et de leur accompagnateur, le pianiste, compositeur et chef d’orchestre Franck Villard. La magie de ce premier opus tient au fait d’avoir convoqué les meilleurs solistes, pour proposer la plus belle musique dans une ambiance chaleureuse et ouverte. Aude Fabre, soprano, Sandrine Sutter, mezzo-soprano, Sébastien Droy, ténor et Richard Rittelmann, baryton, chantent admirablement et sont délicieux d’expressivité et d’espièglerie. Avant que le public ne bisse avec enthousiasme la barcarolle des Contes d’Hoffmann, nos chanteurs reprennent en chœur, verre à la main, le couplet de la chanson bachique de l’Hamlet d’Ambroise Thomas, particulièrement approprié, « Ô vin, dissipe la tristesse ».
Cette première édition commence fort et nous avons hâte de retrouver ce soir Aude Fabre, Richard Rittelmann et Franck Villard pour un programme consacré aux mélodies de Francis Poulenc, sur des textes d’Apollinaire, Eluard, Aragon, ou encore Louise de Vilmorin, dont la comédienne Céline Chéenne lira des extraits d’une nouvelle.

Musique Française en Provence, 3ème jour
En ce troisième jour de festival, le programme devient plus pointu avec le « Chant de l’amour et de la mort du cornette Christophe Rilke » (1942-1943), œuvre du compositeur suisse Frank Martin (1890-1974), sur un texte de jeunesse de Rainer Maria Rilke, dans une version pour voix et piano.

Il faut d’abord saluer la performance vocale de la mezzo-soprano Sandrine Sutter et la virtuosité délicate du pianiste genevois Xavier Dami, qui rendent justice à une musique sensuelle, âpre et lyrique, dont le langage harmonique ne se départit jamais de la fonction tonale, et plonge l’auditeur dans le drame et le recueillement. Cette suite de 23 lieder en forme d’Oratorio, narre l’histoire du Comte de Langenau, cornette, c’est-à-dire porte-étendard, pendant la guerre de 1663 contre les Turcs, à qui qui la nuit d’amour passée auprès d’une châtelaine sera fatale. Surpris par l’attaque des ennemis alors que sa compagnie est partie, il sera massacré. Si Sandrine Sutter chante en allemand, il nous est toutefois permis de goûter à la profondeur et à la beauté des images de Rilke, grâce au haut dire du comédien Philippe Girard, nourri à la mamelle claudélienne et loué par son fidèle Olivier Py. L’élève d’Antoine Vitez a réalisé un véritable travail d’adaptation française et de découpage du texte de Rilke, en intercalant le récit entre les numéros de la partition de Frank Martin, lui conférant ainsi un surcroît de lisibilité, et contribuant à faire de cette représentation un nouveau spectacle ambitieux, exigeant et de grande tenue. Les lumières et les projections réalisées par Chimère et Compagnie ont par ailleurs donné un contrepoint visuel grandiose à la tragique histoire du cornet

Par Laurent Deburge

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